Le p2p lending européen consiste à financer des prêts sur une plateforme agréée dans un État membre, au titre du règlement ECSPR (Estateguru, Estonie) ou d'un autre statut (Mintos, Lettonie). Selon l'ESMA, 181 prestataires ont levé 4,25 milliards d'euros en 2024, tous instruments confondus.
Marché européen du crowdfunding en 2024 : cinq pays lèvent plus de 80 % des fonds, la France en tête
D'après le rapport de l'ESMA du 22/12/2025, la France, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie et la Lituanie ont levé ensemble plus de 80 % du total de 2024 :
- France : 1,45 Md€, dont 50 % en titres de dette et 23 % en prêts ;
- Pays-Bas : 1 Md€, dont 81 % en prêts ;
- Espagne : 0,45 Md€, dont 60 % en prêts ;
- Italie : 0,29 Md€, dont 50 % en prêts ;
- Lituanie : 0,28 Md€, dont 96 % en prêts, sur 2 640 projets, le plus grand nombre de l'Union.
Deux séries chiffrent le marché français. Pour 2024, l'AMF compte 1,46 Md€ collectés, soit 22 % de moins qu'en 2023. Le baromètre de Forvis Mazars et France FinTech du 12/03/2026 mesure pour 2025 1 414,8 M€ de prêts au sens large, dont 1 016,0 M€ d'obligations et 398,7 M€ de prêts rémunérés.
Seuls 8 % des fonds levés en 2024 venaient d'investisseurs d'un autre pays, dont 5,8 % de l'EEE et 2,2 % de pays tiers. Malte (100 %), l'Estonie (77 %) et la Lettonie (47 %) font exception pour la part de clients résidant à l'étranger. En revanche, Pologne, Portugal, Roumanie et Slovaquie n'ont servi que des investisseurs nationaux.
En Lituanie, cinquième pays de la liste ci-dessus, la banque centrale relève 379 M€ de projets financés en 2025, soit 36,3 % de plus (rapport annuel).
Règlement ECSPR : agrément dans l'État d'origine, exclusions, protection de l'investisseur et transition jusqu'au 10/11/2023
Tout prestataire soumis au règlement européen sur les prestataires de services de financement participatif (ECSPR) demande son agrément à l'autorité de l'État où il est établi (article 12), et aucun autre État ne peut lui imposer de présence physique. Ces règles s'appliquent depuis le 10/11/2021.
Sous droit national, les plateformes pouvaient continuer jusqu'au 10/11/2022 (article 48). Cette échéance a été repoussée au 10/11/2023 par le règlement délégué 2022/1988 (CSSF, 25/11/2022), si bien que toute plateforme entrant dans le champ du règlement doit depuis détenir l'agrément.
Ce champ exclut les services rendus à des porteurs de projet consommateurs et les offres de plus de 5 M€ sur douze mois par porteur de projet (article 1).
Pour l'investisseur, le règlement prévoit aussi quatre règles d'information et de protection :
- Un investisseur non averti passe un test de connaissances à l'entrée et simule sa capacité à supporter une perte de 10 % de son patrimoine net (article 21).
- Il dispose de quatre jours calendaires pour révoquer son offre sans motif (article 22).
- La fiche d'information clé rappelle que l'investissement n'est couvert ni par la garantie des dépôts ni par l'indemnisation des investisseurs (article 23).
- Les plateformes de prêts publient chaque année leurs taux de défaut sur au moins 36 mois, avec le taux attendu et le taux constaté par catégorie de risque (article 20).
Fin 2024, le registre de l'ESMA affichait 229 prestataires au statut « authorised », dont certains n'avaient encore rien levé. L'AMF comptait pour sa part 59 prestataires de services de financement participatif (PSFP) agréés au 31/12/2024 (chiffres clés de l'AMF).
Eurocrowd publie une liste non exhaustive des prestataires ECSPR, tirée du registre de l'ESMA consulté le 16/01/2026.
Liste blanche de l'AMF : plateformes européennes en France et passeports des PSFP français
La liste blanche de l'AMF recense les plateformes agréées dans un autre pays de l'Union qui exercent en France. Toutefois, l'autorité indique qu'elle n'est pas actualisée en temps réel (AMF).
Les fiches de cette liste, lues le 30/09/2026, portent Estateguru OÜ (Estonie) à la date du 01/06/2023 et Urbanitae (Espagne) au 15/04/2023. Celles de Power Parity, exploitant de Goparity (Portugal), et de SIA Ascend Finance (Lettonie) sont datées du 14/02/2024 et du 25/07/2025.
Dans l'autre sens, Enerfip (FP-2022-2) indique 26 pays de passeport, c'est-à-dire d'États membres où il peut exercer, dans le fichier CSV de la liste blanche.
Pourtant, selon le baromètre 2025, « la plupart des passeports délivrés restent dormants » : un PSFP sur quatre seulement a réellement amorcé des activités, avec l'Espagne, l'Italie ou les Pays-Bas pour premières cibles.
Mintos et PeerBerry ne figurent pas dans ce fichier CSV. Mintos Marketplace AS est une entreprise d'investissement MiFID II, supervisée par Latvijas Banka (aide de Mintos). PeerBerry annonçait pour sa part le 4 avril 2023 que les Français formaient 12 % de ses investisseurs actifs, deuxième pays de la plateforme.
P2P lending vu de France retrace l'histoire de ces deux plateformes, et le guide des plateformes européennes compare ce qu'un investisseur français reçoit de chacune.
IFP français et Nachrangdarlehen allemand : les régimes nationaux hors ECSPR
En France, l'intermédiaire en financement participatif (IFP) subsiste hors du champ de l'ECSPR. Dans sa notice du 02/11/2023, l'ACPR y range le crédit rémunéré plafonné à 2 000 € par prêteur et par projet, le prêt sans intérêt plafonné à 5 000 € et le don. Les projets commerciaux relèvent du statut de PSFP. Le guide des prêts sans intérêt décrit le régime de l'IFP.
Côté allemand, la BaFin indique que le crowdinvesting passe généralement par des prêts subordonnés (Nachrangdarlehen). Elle précise que la plupart des plateformes agissent comme Finanzanlagenvermittler (intermédiaires en placements financiers) au titre de la Gewerbeordnung et n'ont pas d'autorisation de la BaFin. Selon elle, le crowdlending repose le plus souvent sur un prêt d'un établissement de crédit dont la créance est ensuite cédée aux investisseurs.
France, Lettonie, Lituanie, Estonie, Espagne, Allemagne et Portugal : autorité, protection et retenue à la source
Pour la retenue à la source, le tableau se place du point de vue d'un investisseur résident français, et le guide fiscal par pays détaille le traitement de chaque cas.
| Pays | Plateformes et titulaire | Autorité | Protection de l'investisseur | Retenue à la source |
|---|---|---|---|---|
| France | Enerfip SAS (FP-2022-2), Ulends pour Bienprêter (FP-2023-38), agréés PSFP | AMF | Article 23 de l'ECSPR : aucune garantie des dépôts, aucune indemnisation | Acompte de 12,8 % retenu par un payeur établi en France (brochure IR 2026) ; PFU de 31,4 % en 2026, dont 18,6 % de prélèvements sociaux (impots.gouv.fr) |
| Lettonie | Mintos (AS Mintos Marketplace, MiFID II) ; Ascend Finance (ECSPR) | Latvijas Banka | Mintos : indemnisation jusqu'à 20 000 € si la plateforme ne restitue pas fonds ou instruments (Mintos) | 5 % des intérêts d'un particulier résident de l'UE ou de l'EEE hors Lettonie (Mintos, 03/2025) |
| Lituanie | PeerBerry (Peerberry d.o.o., Croatie) ; SAVY | Banque de Lituanie | Article 23 pour les agréés ECSPR, dont UAB Crowdpear (licence du 25/07/2023) | PeerBerry : aucune (aide, 11/2023) ; SAVY : 15 %, réduits à 10 % sur justificatif de résidence fiscale dans un pays lié à la Lituanie par une convention (SAVY, 07/2026) |
| Estonie | Estateguru OÜ, agréé le 08/05/2023 (Finantsinspektsioon) ; Bondora AS, créancier agréé | Finantsinspektsioon | Article 23 pour Estateguru | Intérêts non imposés pour un non-résident, sauf part d'au moins 10 % dans un fonds dont plus de 50 % des actifs sont de l'immobilier estonien (EMTA, 02/12/2025) |
| Espagne | Urbanitae Real Estate Platform S.L., CityPrive PSFP S.L. | CNMV | Article 23 pour les prestataires agréés | Exonération pour un prêteur de l'UE selon le droit interne, 19 % sans convention (PwC, 30/06/2026) |
| Allemagne | Exporo (EPH Investment GmbH, agrément ECSP annoncé le 08/12/2023) | BaFin | Nachrangdarlehen : la BaFin ne vérifie ni les projets ni les porteurs | En principe aucune ; 25 % plus surtaxe de solidarité sur les obligations convertibles ou à intéressement (PwC, 30/06/2026) |
| Portugal | Goparity (Power Parity S.A., Lisbonne) | CMVM | Article 23 pour les agréés ECSPR | la FAQ de Goparity cite, pour les projets dont le promoteur est résident au Portugal, 28 % pour un particulier et 35 % pour un résident d'un pays à régime fiscal privilégié, sans taux propre à un résident français |
Grupeer, Envestio, Koregraf et Tudigo : suspension de paiements, faillite, liquidation et redressement judiciaire
Quatre cas datés de plateformes en difficulté, deux avant et deux après l'entrée en application de l'ECSPR :
- Grupeer (Lettonie) : selon Alternative Credit Investor (avril 2020), la plateforme a suspendu tous les paiements aux investisseurs en invoquant la pandémie de Covid-19.
- Envestio et Kuetzal (Estonie) : le même média rapporte en juin 2020 leur faillite, la nomination d'un syndic, 33 M€ de fonds de prêteurs détenus par Envestio à sa fermeture en janvier et deux enquêtes pénales ouvertes par la police estonienne sur les deux plateformes.
- Koregraf (France) : liquidation ordonnée le 20/05/2025 par le tribunal de commerce de Bordeaux, retrait d'agrément effectif le 30/06/2025. L'AMF renvoie les clients vers CAPSENS, désigné pour la liquidation au titre du plan de continuité prévu par l'ECSPR.
- Tudigo (France) : redressement judiciaire ouvert le 05/08/2026 par le même tribunal de commerce (page de Tudigo, mise à jour le 14/08/2026), pour une plateforme revendiquant 25 000 investisseurs et plus de 200 M€ investis depuis 2015, qui dit garder leurs fonds sur des comptes cantonnés chez Lemonway (MoneyVox, 17/08/2026). L'examen des offres de reprise est fixé au 30/09/2026, jour où aucune issue n'était publiée.
Six retraits d'agrément de PSFP figurent sur la liste de l'AMF du 10/06/2026, de Koregraf en 2025 à Tylia Invest (02/06/2026). WeShareBonds a cessé son activité et plusieurs plateformes sont en sommeil, ajoute le baromètre 2025. Le guide sur les risques du crowdlending expose les scénarios de perte.
Rendements et défauts publiés : baromètre, AMF, Estateguru, Mintos et PeerBerry
Aucun rendement ni taux de défaut ne figure dans le rapport de l'ESMA sur 2024, et les chiffres disponibles viennent donc des marchés nationaux et des plateformes :
- France, immobilier (baromètre 2025) : rendement brut moyen de 11,0 % contre 10,6 % en 2024. Les projets sont en retard de moins de six mois pour 8 à 10 % d'entre eux, en retard de plus de six mois pour 25 à 30 % et en procédure collective pour 20 à 25 %.
- France, tous PSFP (étude annuelle de l'AMF, 12/2025) : 166,2 M€ de pertes en capital enregistrées contre 78,6 M€ en 2023, pour 3,05 Md€ d'offres remboursées.
- Estonie : Estateguru annonce un rendement moyen de 9,32 % pour 968 074 298 € prêtés (statistiques, relevées le 30/09/2026).
- Lettonie : Mintos affiche 9,2 %, moyenne pondérée des prêts disponibles (page lue le 30/09/2026).
- Lituanie : PeerBerry indique 11 % de rendement annuel moyen (statistiques, 30/09/2026).
Ces chiffres ne se comparent pas entre eux, car le baromètre mesure le rendement brut de projets immobiliers financés, Estateguru un rendement moyen et Mintos la moyenne des prêts disponibles.
D'après ce baromètre, un projet immobilier sur deux présente des difficultés significatives. Mais aucune des trois plateformes de la liste ne publie de perte en capital dans les chiffres cités. Chez un prêteur agréé ECSPR, la donnée à demander est donc le taux de défaut publié au titre de l'article 20.
Questions fréquentes sur le p2p lending en Europe
Peer lending, p2p financing et crowdlending : ces termes désignent-ils la même chose en France ?
Oui pour le crowdlending, que l'ECSPR nomme « facilitation de l'octroi de prêts » (article 2). Peer lending et p2p financing recouvrent aussi les marketplaces comme Mintos, qui relèvent de MiFID II. Le guide Qu'est-ce que le crowdlending précise le vocabulaire.
Un résident français peut-il investir sur une plateforme portugaise ?
Oui, Power Parity, l'exploitant de Goparity, figure sur la liste blanche de l'AMF (fiche datée du 14/02/2024) et ses conditions générales visent les investisseurs résidant ou établis dans l'UE, mais l'ESMA relève qu'en 2024 les prestataires portugais ne comptaient aucun investisseur venu d'un autre pays.
Comment vérifier l'agrément d'une plateforme étrangère avant d'investir ?
Cherchez d'abord le nom et la forme juridique de la société dans le registre de l'ESMA, puis dans la liste blanche de l'AMF en lisant la date de la fiche, puisque l'autorité ne l'actualise pas en temps réel. Une ligne ne prouve pas un agrément en vigueur, car selon la FMA autrichienne, les agréments retirés restent publiés cinq ans après leur retrait. Une plateforme hors ECSPR comme Mintos se contrôle auprès de son superviseur, ici Latvijas Banka, et un prêteur comme Bondora auprès de la Finantsinspektsioon, qui le range parmi les créanciers agréés d'Estonie.
Que devient un investissement si une plateforme agréée ECSPR cesse son activité ?
Chaque candidat à l'agrément doit présenter un plan de continuité qui assure, en cas de défaillance, la poursuite des services critiques liés aux investissements existants (article 12). Mais l'avertissement de l'article 23 rappelle que la perte en capital reste possible.
Faut-il déclarer en France les intérêts perçus sur une plateforme de p2p lending étrangère ?
Oui, sur le formulaire 2047, obligatoire dès que le foyer a encaissé des revenus hors de France, et le guide fiscal du crowdlending explique les cases, le crédit d'impôt et les pertes.