Bases 13 min de lecture · 14 Mai 2026 · Mis à jour le 1 Oct 2026

Risques du crowdlending : la carte de huit risques à partir de cas français

Risques du crowdlending en France : défaut, retards, faillite de plateforme, illiquidité, fiscalité. Cas datés, protections et un indicateur par risque.

Le crowdlending (prêt participatif via une plateforme) expose à huit risques. En 2024, les plateformes agréées (PSFP, prestataires de services de financement participatif) ont déclaré 166,2 M€ de pertes définitives, contre 78,6 M€ en 2023 (AMF).

Tableau des risques du crowdlending : mécanisme, cas français et point de contrôle

Chaque ligne associe un risque à son mécanisme, à un cas français daté et à ce qu'il faut vérifier.

Risque Mécanisme Cas ou chiffre daté en France À vérifier
Défaut de l'emprunteur Capital que l'emprunteur ne rembourse pas, en tout ou partie 2024 : pertes définitives déclarées par les PSFP multipliées par 2,1 en un an (AMF) Ligne « capital non remboursé » de la grille de Financement Participatif France (FPF)
Retards et prorogations L'échéance glisse, le capital reste bloqué Terlat : 10 % annoncés en 14 à 18 mois en 2015, redressement judiciaire de Retome, société du groupe, le 5 janvier 2017 (Que Choisir, BODACC) Échéance du contrat initial et nombre de prorogations
Arrêt de la plateforme Le suivi et le recouvrement changent de mains Koregraf : liquidation judiciaire le 20 mai 2025, agrément retiré le 30 juin 2025 (BODACC, AMF) Prestataire de relais et représentant de la masse
Illiquidité Aucun acheteur assuré, aucune obligation de reprise Enerfip exclut de la revente les titres en retard de remboursement (aide Enerfip, page relevée le 30 septembre 2026) Marché secondaire et conditions d'éligibilité
Concentration Un promoteur ou une plateforme porte plusieurs lignes Terlat financé sur Wiseed (997 000 €) et sur Anaxago (1,7 M€) (Que Choisir) Exposition par promoteur, plateforme et secteur
Fraude et offres trompeuses Site sans autorisation ou confusion entre rendement contractuel et réel investbook.fr sur la liste noire de l'AMF le 18 juillet 2025 (AMF) Nom sur la liste blanche PSFP ou au registre de l'ESMA
Fiscalité Intérêts au PFU, perte imputable sous conditions 31,4 % en 2026, contre 30 % en 2025 pour les intérêts dont les prélèvements sociaux, à 17,2 %, étaient retenus à la source ; perte imputable jusqu'à 8 000 € par an (impots.gouv.fr, BOFIP) IFU (imprimé fiscal unique) de la plateforme et pièces prouvant l'irrécouvrabilité
Réinvestissement Remboursements plus rapides que les offres 2024 : 3,05 Md€ remboursés pour 1,46 Md€ collectés (AMF) Délai entre remboursement et placement suivant

Défaut de l'emprunteur : perte en capital, pertes définitives 2024 et sûretés

Dès que le recouvrement, sûretés comprises, ne couvre plus le principal prêté, un défaut devient une perte en capital. Dans son rapport sur 2024, l'AMF chiffre les pertes de quatre catégories de projets :

Secteur Pertes définitives déclarées en 2024
Secteurs non classés 35,3 millions d'euros
Industrie 33,3 millions d'euros
Distribution 32,2 millions d'euros
Immobilier environ 27 millions d'euros, pour 54 % de la collecte

L'immobilier, premier secteur de collecte, arrive après les trois autres catégories pour le montant des pertes. La promotion immobilière a son propre guide des risques.

L'AMF met toutefois la hausse des pertes déclarées entre 2023 et 2024 en regard de celle des volumes remboursés, dont le montant a progressé de 118 % en un an, de 1,4 à 3,05 milliards d'euros.

Côté indicateurs, le baromètre Forvis Mazars et France FinTech du 12 mars 2026 donne pour l'immobilier des ordres de grandeur déclarés, dont 25 à 30 % de projets avec plus de six mois de retard, 20 à 25 % en procédure collective. Pour les projets d'entreprise lancés entre 2020 et 2022, MoneyVox rapportait en septembre 2025, d'après le baromètre du premier semestre, 10 à 15 % de retards dépassant six mois, 6 à 8 % de procédures collectives et 2 à 4 % de pertes définitives.

Le montant perdu dépend des sûretés prévues au contrat, qu'Anaxago (page du 27 mars 2023) présente sous plusieurs formes, dont trois :

  • l'hypothèque, qui permet au prêteur de saisir un bien immobilier du porteur de projet, et sa variante non inscrite, que le prêteur peut inscrire après un défaut, avec le risque qu'un autre créancier s'inscrive avant lui ;
  • la caution, par laquelle un tiers, le garant, répond à la place de l'emprunteur s'il ne peut pas rembourser ;
  • le nantissement, garantie en nature fournie par le débiteur, dont le prêteur peut saisir l'actif pour se payer.

Ces descriptions viennent d'Anaxago ; l'acte signé pour chaque projet fixe la portée de la sûreté. Encore faut-il la faire jouer. Selon l'AMF (juin 2025), les frais de recouvrement peuvent représenter une part significative de l'investissement sur les petits projets.

Retards et prorogations : affaire Terlat, grille FPF et retards mesurés par l'AMF

Terlat illustre jusqu'où un retard peut décaler un remboursement. Le groupe s'est financé sur Wiseed et sur Anaxago. Sur Wiseed, des levées lancées en juillet 2015 pour deux programmes ont réuni 997 000 euros auprès d'environ 260 investisseurs ; Anaxago finançait quatre autres programmes, pour 1,7 million d'euros répartis entre 250 investisseurs. Que Choisir cite un rendement annoncé de 10 % pour une durée de 14 à 18 mois. À partir de l'été 2016, les retards se sont installés ; Wiseed a accepté un compromis en novembre, puis le tribunal de commerce de Salon-de-Provence a ouvert le 5 janvier 2017 un redressement judiciaire de la société Retome (BODACC), converti en liquidation judiciaire le 27 juillet 2017 (BODACC). Que Choisir, qui date ce redressement du 6 janvier, notait que la perte ne serait pas totale, la moitié des sommes levées ayant déjà été remboursée.

Plus de trois ans après la reprise de deux programmes du groupe, La Montagne et Saint Pierre, par Anaxago avec l'autorisation du tribunal le 30 septembre 2017, sa mise à jour du 14 décembre 2020 attendait encore la signature des quatre derniers lots au premier trimestre 2021.

Dans sa version de septembre 2023, la grille publiée par Financement Participatif France compte un retard dès le premier jour par rapport au contrat initial, avec ou sans prorogation. Cette association rappelle que les retards de moins de six mois sont courants dans l'immobilier et font généralement courir les intérêts plus longtemps. Or l'AMF relevait, le 20 janvier 2025, qu'environ 30 % des projets en cours au 31 mars 2024 accusaient un retard chez les dix plus grandes plateformes immobilières.

Arrêt d'une plateforme de crowdlending : Unilend, Koregraf, WeShareBonds, October

Quand une plateforme s'arrête, le prêt continue d'exister et son suivi change de mains.

Le premier cas est celui d'Unilend, placée en liquidation judiciaire le 17 octobre 2018 (BODACC). Le lendemain, MoneyVox comptait 15 277 prêteurs actifs, 33 millions d'euros prêtés, 21 millions remboursés et 7,85 % du capital en défaut ou en retard depuis le lancement, avec SFPMEI chargé de la continuité des remboursements. La liquidation a été clôturée pour insuffisance d'actif le 12 septembre 2023, près de cinq ans plus tard.

Koregraf a suivi en 2025. La plateforme a demandé le retrait de son agrément le 22 avril. Le 20 mai, le tribunal de Bordeaux a prononcé sa liquidation judiciaire. L'AMF a renvoyé les clients vers Capsens, désignée comme prestataire de gestion de la fin d'activité dans le cadre du plan de continuité (AMF). Chez WeShareBonds, MoneyVox relevait le 9 décembre 2024 la suspension des nouvelles collectes et 53 millions d'euros de capital, plus 9,3 millions d'intérêts, à récupérer. Selon le baromètre de mars 2026, les deux plateformes ont cessé leur activité en 2025.

October, leader du prêt aux PME, montre une autre issue : la plateforme réduisait fortement son offre en février 2024 avant d'être rachetée en avril 2026 par Aether.

En droit européen, le règlement ECSPR exige d'un PSFP, dès sa demande d'agrément, un plan de continuité des services critiques en cas de défaillance (article 12, paragraphe 2, point j). Un PSFP peut fournir les services de paiement lui-même s'il dispose de l'autorisation correspondante, ou les confier à un prestataire autorisé (article 10, paragraphes 4 et 5). En revanche, les garanties prudentielles minimales, en fonds propres, en assurance ou en combinaison des deux, se limitent au plus élevé de 25 000 euros et d'un quart des frais généraux fixes de l'année précédente (article 11).

Fin 2024, selon l'AMF, 5 PSFP avaient des fonds propres négatifs et 29 un résultat net négatif. L'AMF rappelle aussi la non-détention des avoirs des clients par le PSFP et précise que son défaut peut néanmoins avoir un impact sur les investisseurs : même lorsque cette continuité est prévue, l'investisseur peut se retrouver seul face au porteur de projet.

Illiquidité : revendre un prêt participatif avant l'échéance

Revendre un prêt participatif suppose une plateforme qui organise un marché secondaire et un titre qui remplit ses conditions.

Selon l'article 25 de l'ECSPR, les plateformes peuvent tenir un tableau d'affichage des intérêts d'achat et de vente, sans appariement interne. Notre page sur le marché secondaire en décrit le principe.

Chez Enerfip, le service Enerdeal répond à une épargne devenue illiquide jusqu'à la fin du contrat. Selon ses pages d'aide lues le 30 septembre 2026, il exige notamment :

  • des obligations simples dont la levée est close depuis plus de six mois ;
  • plus de deux mois à courir avant l'échéance ;
  • aucun retard de remboursement.

Le titre en retard, celui que son détenteur voudrait vendre, sort donc du périmètre.

Concentration : promoteur commun, poids des sept plus grands PSFP et seuils de l'ECSPR

Si deux plateformes financent le même promoteur, répartir son capital entre elles laisse l'exposition intacte, comme avec Terlat, dont les investisseurs de Wiseed et d'Anaxago dépendaient du même groupe.

Au niveau du marché, les sept plus grands PSFP concentraient en 2024, selon l'AMF, 54 % des montants collectés, dont 26 % pour le premier. Côté investisseur, l'ECSPR ajoute une étape à chaque offre dépassant le plus élevé de 1 000 euros ou de 5 % de son patrimoine net, calculé hors biens immobiliers et fonds de pension : avertissement, consentement explicite et preuve de compréhension (article 21).

À titre de conseil éditorial, sans valeur réglementaire, on peut limiter chaque projet à 2 % de la poche crowdlending et chaque promoteur ou groupe à 5 %, soit 200 et 500 euros sur 10 000 euros. Notre article sur la construction de portefeuille détaille la méthode.

Fraude et offres trompeuses : liste noire de l'AMF, statut PSFP et fiche d'informations clés

La première vérification consiste à chercher le nom de la plateforme dans la liste blanche des PSFP tenue par l'AMF.

Pour les sites non autorisés, l'AMF tient une liste noire dont les entrées consultées portent la mention que l'acteur « n'est pas autorisé par l'Autorité des marchés financiers (AMF) à proposer certains services ou placements financiers en France ». investbook.fr y figure depuis le 18 juillet 2025, smartcrowd.store depuis le 11 juin 2021.

Sur les rendements, la moyenne annoncée des projets immobiliers des dix premières plateformes est passée de 9,1-9,6 % entre 2017 et 2022 à 10,7 % fin mars 2024. De son côté, l'AMF demande aux plateformes de distinguer clairement performances contractuelles et réelles, retards et incidents de paiement compris.

Pour les investisseurs non avertis, l'agrément PSFP apporte un test de connaissances à l'entrée, une simulation de capacité à supporter des pertes fixée à 10 % du patrimoine net, un délai de réflexion de quatre jours et une fiche d'informations clés (articles 21 à 23 de l'ECSPR). Il laisse toutefois de côté trois points :

  • la qualité du projet, puisque la fiche mentionne que l'offre n'a été ni vérifiée ni approuvée par les autorités ou l'ESMA ;
  • le capital, placé hors du champ de la garantie des dépôts ;
  • le paiement des intérêts et le remboursement, que l'AMF déclare jamais garantis.

Fiscalité du crowdlending : PFU à 31,4 % en 2026 et imputation des pertes

En 2026, l'administration fiscale indique que le prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus de valeurs mobilières s'élève à 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (impots.gouv.fr, page modifiée le 20 mars 2026).

Côté DGFiP, la brochure pratique 2026 applique la hausse de la CSG aux produits de placement à compter du 1er janvier 2026, alors que la fiche de mai 2025 d'economie.gouv.fr indiquait un taux global de 30 %, avec 17,2 % au titre des prélèvements sociaux. Sur 1 000 euros d'intérêts, cela représente 14 euros de plus en 2026 qu'en 2025. Les revenus du patrimoine suivent un autre calendrier, celui des revenus de 2025 déclarés en 2026. Notre guide fiscal traite la fiscalité du crowdlending en détail.

Dans sa version du 15 mai 2023, le BOFIP encadre l'imputation d'une perte sur un prêt consenti depuis le 1er janvier 2017. La perte s'impute sur les intérêts d'autres prêts participatifs, dans la limite de 8 000 euros par an, l'année où la créance devient définitivement irrécouvrable ou les cinq années suivantes. Par exemple, un projet qui a versé des intérêts pendant deux ans avant de faire défaut laisse un impôt déjà payé et une perte utilisable dans ce seul cadre.

Réinvestissement : remboursements de 3,05 Md€ contre 1,46 Md€ de collecte en 2024

Le réinvestissement devient un risque lorsque le capital rendu revient plus vite que les offres exploitables.

En 2024, 6 121 offres ont été remboursées pour 3,05 milliards d'euros, soit plus du double de la collecte de 1,46 milliard, tandis que les projets présentés reculaient de 15 % à 2 559.

Parallèlement, l'Euribor 3 mois est passé de 3,91 % fin 2023 à 2,74 % fin 2024, selon le même rapport. Face à des offres plus rares, un prêteur dont le capital revient choisit entre attendre et accepter des projets qu'il aurait écartés. Si l'on mesure le délai entre chaque remboursement et le placement suivant dans un taux de rendement interne sur flux réels, cet effet devient chiffrable.

FAQ sur les risques du crowdlending

Peut-on perdre la totalité du capital prêté en crowdlending ?

Oui, la fiche d'informations clés doit avertir d'un risque de perte partielle ou totale, et l'AMF écrit que l'investisseur peut perdre tout ou partie des sommes prêtées.

Comment vérifier qu'une plateforme de crowdfunding est autorisée en France ?

Cherchez son nom exact dans le fichier de la liste blanche, téléchargeable en CSV et en PDF. Elle inclut les plateformes agréées dans un autre pays de l'Union qui exercent en France, sans mise à jour en temps réel, d'où l'intérêt de consulter aussi le registre de l'ESMA (page de l'AMF).

Quelle part de son épargne placer en crowdlending ?

Une petite partie de l'épargne, selon le dépliant 2024 de l'AMF, qui précise aussi qu'aucun plafond légal ne s'applique à un prêt rémunéré.

Faut-il se fier aux avis en ligne sur une plateforme de crowdfunding ?

Non, un avis ne suffit pas, car il raconte l'expérience d'un investisseur à une date donnée. Les plateformes membres de FPF affichent, pour les retards et les pertes de l'ensemble des projets, une grille par année de financement, avec date de mise à jour obligatoire, qui chiffre les projets en retard, en procédure collective et le capital non remboursé.

Que faire quand un projet dépasse six mois de retard ?

Relevez, dans la grille FPF, la catégorie où le projet est classé, puis posez à la plateforme les questions que l'AMF recommande : qui recouvre les fonds, à quelles conditions et à quel coût. Conservez contrat, pièces des procédures de recouvrement et jugements, que le BOFIP cite pour justifier une perte imputable.


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La rédaction TopLending
Relu par TopLending Editorial · Reviewed by independent analysts
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