Le P2P lending relie des prêteurs particuliers à des emprunteurs par une plateforme. Dans le cadre français du financement participatif, un particulier n'emprunte à intérêt que pour un besoin professionnel ou une formation (AMF).
L'épargnant finance donc des entreprises, sur des plateformes françaises où les prêts rémunérés et les obligations ont réuni 1,41 milliard d'euros en 2025 (Forvis Mazars), ou passe par une marketplace étrangère.
Prêt d'Union, Unilend, Lendix et Lendopolis : l'issue de la première vague française
Chacune des quatre plateformes françaises de la première vague a changé de modèle, réduit son activité ou cessé de prêter. Le guide sur les risques du crowdlending détaille les scénarios de perte, dont celui d'Unilend.
| Plateforme | Modèle d'origine | Date clé | Chiffre publié | Issue |
|---|---|---|---|---|
| Prêt d'Union, devenue Younited Credit | Prêts entre ménages ; établissement de crédit agréé, selon FrenchWeb en 2016 | Lancée en 2011, renommée au printemps 2016 | 130 M€ de crédits et 17 000 ménages revendiqués pour 2015 (FrenchWeb, 17/05/2016) | Encours de 1,1 Md€ fin 2025, financé par dépôts et financements bancaires (Younited, 19/03/2026), cotée à Paris le 20/01/2025 |
| Unilend | Prêts aux PME | Lancée en novembre 2013, liquidation judiciaire ouverte le 17/10/2018 | 15 277 prêteurs actifs, 33 M€ prêtés, 7,85 % du capital en défaut ou en retard depuis le lancement (MoneyVox, 18/10/2018) | Radiée le 12/09/2023 après clôture pour insuffisance d'actif (BODACC A n° 20230187/2034, relevé sur Pappers) ; PretUp annonce en décembre 2018 vouloir conserver la marque et reprendre la gestion des prêts (MoneyVox) |
| Lendix, devenue October | Prêts aux PME | Fondée en octobre 2014, renommée en octobre 2018 | 230 M€ financés au changement de nom (Crowdfund Insider), plus d'1 Md€ pour 4 341 projets début 2024 | Cession d'October Connect à Sopra Banking Software annoncée le 01/02/2024, projets appelés à diminuer « très significativement » (MoneyVox) ; rachat par Aether rapporté le 06/05/2026 (MoneyVox) |
| Lendopolis | Prêts aux TPE-PME et franchises | Mise en sommeil de ce financement annoncée le 28/02/2019 | 20 % des prêts avec un incident de remboursement après cinq ans d'activité, environ 15 % du capital prêté jugé non récupérable (MoneyVox) | Réorientation vers l'énergie renouvelable et l'immobilier |
PSFP et marketplaces étrangères : les deux voies de l'épargnant français
Un prêteur français choisit entre un prestataire de services de financement participatif (PSFP), qui finance des entreprises, et une marketplace étrangère, qui place des prêts auprès d'emprunteurs étrangers.
Cette double voie découle du cadre juridique. Dans ce cadre français, un porteur de projet particulier qui n'agit ni pour son activité ni pour une formation ne reçoit que des prêts sans intérêt, plafonnés à 5 000 € par prêteur et par projet (AMF, 2024 ; ACPR, notice du 02/11/2023). Dans l'Union européenne, le règlement 2020/1503 exclut de son champ les services fournis à des porteurs de projet consommateurs (article 1, EUR-Lex).
Côté entreprises, le baromètre de Forvis Mazars et France FinTech du 12 mars 2026, qui porte sur 51 plateformes, détaille les 1,41 Md€ de 2025 : 398,7 M€ de prêts rémunérés et 1 016 M€ d'obligations.
En revanche, les marketplaces étrangères ont ajouté le français en 2023 : Mintos a annoncé son site le 11 janvier, PeerBerry a suivi fin mars, et selon la plateforme les Français formaient alors 12 % des investisseurs actifs, deuxième pays derrière l'Allemagne. Go & Grow, lui, sert les résidents de l'Espace économique européen.
Du P2P pur à la marketplace : originateurs et Notes de Mintos
Une marketplace de prêts confie l'octroi du crédit à un originateur, société de crédit partenaire, alors que la plateforme place ces prêts auprès des investisseurs.
La recherche appelle réintermédiation ce glissement d'un marché décentralisé vers un intermédiaire. Balyuk et Davydenko constatent dans le Journal of Financial and Quantitative Analysis (août 2024) que des plateformes conçues comme des marchés décentralisés assurent désormais l'essentiel de l'évaluation des prêts, la plupart des prêteurs finançant passivement.
Sur Mintos, qui applique ce modèle, une société de crédit apporte ses prêts à une entité ad hoc du groupe Mintos, qui les regroupe par lots de 6 à 20 prêts aux caractéristiques similaires (durée, montant, taux, type). L'autorité lettone des marchés financiers approuve d'abord le prospectus de base, puis chaque lot reçoit un code ISIN. L'investisseur achète des Notes, à partir de 50 € par lot, et détient une exposition proportionnelle aux prêts sous-jacents. Debitum, autre marketplace de prêts, a son propre guide.
Garantie de rachat, garantie de groupe et marché secondaire chez Mintos, PeerBerry et Go & Grow
Une garantie de rachat oblige l'originateur à racheter un prêt en retard de plus de 60 jours, sur Mintos par la société de crédit ou par une autre entité de son groupe.
Chez Mintos, le rachat se fait à la valeur nominale, intérêts courus compris, et le centre d'aide, mis à jour en décembre 2022, précise que tous les lots de Notes ne contiennent que des prêts assortis d'une obligation de rachat.
Mintos a annoncé le 30 novembre 2020 remplacer le mot « garantie » par « obligation », car « guarantee » pouvait être mal perçu dans un investissement en prêts. Dans son blog (mis à jour en juin 2024), Mintos résume que cette obligation vaut ce que vaut la société qui la porte, et qu'en cas de défaillance de cette dernière l'investisseur reste exposé au non-paiement de l'emprunteur.
PeerBerry applique le même seuil de 60 jours, avec un rachat à la valeur totale intérêts courus inclus, et ajoute une garantie de groupe. Toutefois, sur la page des originateurs (modifiée le 04/09/2026, 36 sociétés listées), trois originateurs sont indiqués sans garantie de groupe : NovaLend PL (prêts aux entreprises, Pologne), Lithome et SIBgroup (immobilier, Lituanie).
Or SIBgroup, l'un de ces trois, repris sous le nom Si Baltic LLC, pesait 28,12 % de l'encours au 30/09/2026 (relevé de 15:54 UTC), selon les statistiques de PeerBerry, qui donnent aussi 92,22 % d'investissements à jour.
Face à ces rachats, Go & Grow propose un autre modèle : l'investisseur acquiert des fractions de prêts à la consommation émis par Bondora. Sa déclaration de risques précise qu'aucune créance n'est garantie par un fonds d'État ni autrement sécurisée, et le rendement de « jusqu'à 6 % » n'est pas garanti non plus.
Six plateformes ouvertes à un résident français : agrément, garantie, marché secondaire et minimum
Les garanties de ces plateformes vont de l'obligation de rachat à la sûreté sur projet, et leur marché secondaire de la vente sans frais à l'absence de sortie. Minimums et chiffres viennent des pages lues le 30/09/2026, les agréments des registres et des pages officielles citées.
| Plateforme | Pays et agrément | Modèle | Garantie | Marché secondaire | Minimum | Chiffre daté |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Mintos (fiche) | Lettonie ; entreprise d'investissement MiFID II agréée en 2021 (Mintos), supervisée par Latvijas Banka | Notes de lots de prêts d'originateurs | Obligation de rachat après 60 jours | Oui, 0,85 % par vente ; pour le segment prêts, les Notes seulement, sans les anciens contrats de cession, et les Fractional Bonds | 50 € par lot | Plus de 700 000 utilisateurs inscrits, plus de 800 M€ d'actifs sous gestion (lu le 30/09/2026) |
| PeerBerry | Croatie (PEERBERRY d.o.o.) ; la licence lituanienne de financement participatif, accordée le 25/07/2023 par la Banque de Lituanie, appartient à UAB Crowdpear, société distincte | Prêts d'originateurs | Rachat après 60 jours, garantie de groupe sauf 3 originateurs | Oui depuis le 15/01/2026, sans frais | 10 € par prêt | 3 552 609 107 € investis au total (30/09/2026, 15:54 UTC) |
| Go & Grow | Estonie (Go&Grow OÜ, non prêteur) ; Bondora AS, prêteur agréé | Fractions de prêts Bondora | Créances ni garanties ni sécurisées ; rendement non garanti | Retrait sur demande, 1 € de frais ; le marché secondaire fermé le 30/09/2025 était celui des prêts directs de Bondora | 1 € | 2 263 606 051 € investis, 516 227 investisseurs (page publique, lue le 30/09/2026) |
| Bienprêter | France ; PSFP FP-2023-38 | Prêts in fine finançant devis, factures et opérations d'achat-revente de PME | 11 garanties différentes, choisies selon le projet | BP Flex, 3 % à la revente | 20 € | 4 962 projets, 439 304 043 € financés depuis 2018 (30/09/2026) |
| Enerfip | France ; PSFP FP-2022-2 | Obligations de projets d'énergies renouvelables | Garantie autonome à première demande, nantissement d'actifs, gage sans dépossession | Enerdeal, gratuit, sous conditions | 10 € | Défaut de 0,34 % au 31/01/2026 |
| La Première Brique | France ; PSFP FP-2023-15 | Prêts à des promoteurs immobiliers | Sûretés de type hypothèque, fiducie ou caution personnelle selon les projets | Aucun à ce jour : retrait avant terme impossible | 1 € | Plus de 400 M€ collectés, plus de 900 projets depuis 2019 (page lue le 30/09/2026) |
Mintos, PeerBerry et Bondora de 2022 à 2025 : prêts russes, produits fermés, remboursements et sanctions
Six événements datés, de la guerre en Ukraine aux sanctions visant Bondora, se succèdent de février 2022 à avril 2025 :
- Le 24 février 2022, Mintos retire les prêts russes et ukrainiens du marché primaire et des stratégies automatiques.
- Alternative Credit Investor fait le point, en novembre 2022, sur cinq originateurs russes et un ukrainien présents sur Mintos.
- Portfolio Pro et Portfolio Manager, les produits de Bondora qui permettaient de choisir chaque prêt, ferment le 27 février 2023, d'après p2p-banking.com (27/01/2023), car 96 % des investissements passaient déjà par Go & Grow.
- PeerBerry annonce le 16 décembre 2024 le remboursement intégral des prêts touchés par la guerre, 51,4 M€ intérêts compris, par Aventus Group et Gofingo Group, ses partenaires.
- Le 3 janvier 2025, le tribunal finlandais des marchés inflige à Bondora une pénalité de 100 000 € et retient au moins 940 000 € de gains illicites ; le communiqué du 15/01/2025 précise que la décision n'est pas définitive.
- En Estonie, l'autorité Finantsinspektsioon sanctionne Bondora AS de 200 000 €, le 30 avril 2025, pour des contrats de crédit signés, du 6 décembre 2023 au 24 février 2024, sans évaluer tous les indicateurs de solvabilité exigés.
Pour Mintos, la guerre et les sanctions ont fait reculer le revenu mensuel de 18 %, selon Alternative Credit Investor (19/05/2023).
Déclarer des intérêts de P2P étranger depuis la France : formulaire 2047 et retenue à la source
Un résident français inscrit sur la 2047 les revenus de valeurs et capitaux mobiliers encaissés à l'étranger, puis les reporte sur la 2042 selon leur nature, d'après la notice 2026 de l'administration fiscale. Le hub fiscal et le guide de la fiscalité du crowdlending traitent le crédit d'impôt, le compte étranger et les pertes sur prêts.
La retenue à la source dépend de la plateforme : Mintos prélève 5 % sur les intérêts d'un particulier résident de l'UE ou de l'EEE hors Lettonie, Lituanie comprise, où les résidents lituaniens peuvent obtenir 0 % avec le certificat requis (aide mise à jour le 07/03/2025), alors que PeerBerry ne déduit aucun impôt (aide du 30/11/2023).
Questions fréquentes sur le P2P lending vu de France
Que devient un p2p loan sur Mintos si l'originateur fait défaut ?
Sans rachat de l'originateur, l'investisseur ne peut compter que sur les remboursements de l'emprunteur final. Mintos évalue la capacité de rachat de chaque société dans un sous-score « Buyback Strength », l'un des quatre du Mintos Risk Score des Notes, mis à jour chaque trimestre pour chaque société (dernière mise à jour le 09/07/2026, pour le premier trimestre). Les investissements d'une société de crédit suspendue ou en défaut ne se négocient plus sur le marché secondaire. Mais le système d'indemnisation plafonné à 20 000 € que Mintos mentionne vise la défaillance de la plateforme elle-même, qui ne restituerait pas les instruments ou les espèces de l'investisseur (Latvijas Banka).
Le peer lending de particulier à particulier existe-t-il encore en France ?
Oui, en prêts sans intérêt seulement : sur une plateforme relevant du cadre français, tout emprunt de particulier qui ne finance ni un projet professionnel ni une formation reste sans intérêt, selon l'AMF. Le prêt direct entre proches relève d'un autre cadre, décrit dans le guide du prêt entre particuliers. Prêt d'Union, lancée en 2011 pour prêter entre ménages, est aujourd'hui Younited, un établissement de crédit qui se finance par des dépôts et des financements bancaires.
Combien faut-il pour commencer sur Mintos, PeerBerry ou Go & Grow ?
Il faut 50 € pour un lot de Notes Mintos, 10 € pour un prêt PeerBerry et 1 € pour Go & Grow.
Peut-on revendre un prêt P2P avant son échéance ?
Oui sur Mintos, PeerBerry, Bienprêter et Enerfip, à des conditions propres à chaque plateforme. Chez PeerBerry, la vente porte sur l'investissement entier, avec une décote possible jusqu'à 50 %, et chaque investissement doit avoir été détenu au moins 180 jours avant sa revente ; après un achat secondaire, un nouveau délai de détention s'applique. BP Flex, le marché secondaire de Bienprêter, ne concerne que les projets financés après le 13/02/2025 et comptant au moins deux échéances restantes. Enerdeal, celui d'Enerfip, exige six mois de KYC validé et 500 € investis au total, et exclut les projets en retard de remboursement.
Quels documents fiscaux Mintos, PeerBerry et Go & Grow fournissent-ils à un résident français ?
PeerBerry génère un relevé fiscal depuis la section « Statement » du profil, Go & Grow un « Tax Report » dans la page Reports (aide Go & Grow, 22/04/2026). Pour les Notes de Mintos, le guide fiscal pour la France (20/06/2025) demande de déclarer le revenu brut, puis de faire valoir la retenue.